Êtes-vous un Grammar Nazi ?

Oyé camarades,

Savez-vous ce qu’est un Grammar Nazi ? Peut-être même que vous en êtes un sans le savoir !

Son nom barbare (et un brin péjoratif, oui un brin) ne fait pas référence à cette période sombre de l’humanité. Non. Si vous vous baladez régulièrement sur internet et en particulier sur les réseaux sociaux, vous avez sans doute déjà lu ce terme quelque part.

Petit test rapide …

  • Vous est-il déjà arrivé de suivre une conversation sur le net et de lire dans les messages de vos interlocuteurs des fautes d’orthographe ou de grammaire qui vous ont piqué les yeux ?

Oui ?

  • Vous est-il ensuite arrivé de ressentir le besoin de lui répondre pour corriger ses fautes, voire de lui exposer la règle de grammaire correspondante ?

Oui ?

  • Avez-vous déjà fait cela plusieurs fois ?

Oui ?

Félicitations, vous êtes un Grammar Nazi !

Bon, les félicitations sont peut-être de trop. Mais vous savez désormais à quoi ce terme correspond.

Un Grammar Nazi est le défenseur d’une langue (je ne parlerai ici que de la langue de Molière pour plus de facilité). Il est prêt à tout pour la protéger, quitte à se faire clasher par la suite. Les fautes sont ses pires ennemies et il lui sera très difficile de se contenir devant certaines énormités. Mais vouloir défendre l’orthographe et la grammaire n’est pas sans conséquences…

Faire respecter les règles, et c’est tout ?

La plupart du temps, le Grammar Nazi part d’un bon sentiment ou du moins d’une volonté honorable : faire respecter les règles de notre chère langue française. Car oui, il y a des règles, nombreuses, complexes et je ne parle même pas des exceptions qui sont légions. Le Grammar Nazi ne peut s’empêcher de corriger les fautes qui tombent sous son regard, foudroyant au passage les auteurs de ces méfaits.

Mais est-ce la seule raison derrière ce besoin irrépressible de vouloir corriger les fautes d’autrui ?

On peut parfois assimiler le comportement du Grammar Nazi à de la vanité mal placée. Ce besoin d’exposer sa culture littéraire aux yeux de sa victime. Cela peut également être pour rabaisser, montrer aux yeux de tous (sur les réseaux sociaux) les erreurs qu’untel peut faire. On appelle alors cela du sarcasme éducatif (cf www.traductionanglais.wordpress.com). Dans ce cas là, je pense qu’on peut parler de Grammar Nazi ‘extrême’ même si le terme Nazi l’est déjà en soi…

Ces extrêmes peuvent également être assimilés à du cyber-harcèlement, et ouais carrément. Imaginez un peu que chacun de vos messages, de vos statuts, de vos commentaires sur internet soient commentés par une personne qui corrigerait chacune de vos fautes. Vous en auriez vite marre, non ? Je ne crois pas que cela soit reconnu comme tel par une quelconque loi (condamné pour délit de Grammar Nazi, vous voyez le truc ?) mais dans certaines situations extrêmes, les remarques peuvent être dures à encaisser pour la personne « coupable » d’une faute d’orthographe. Tout le monde n’est pas forcément capable de relativiser et de garder de la distance avec le monde virtuel, quel que soit le domaine.

Le fond des choses.

Une question que l’on peut se poser au sujet de ce phénomène, c’est : le Grammar Nazi chasse les fautes mais prend-il seulement le temps de lire vraiment ce que la personne a écrit, ce qu’elle voulait dire ?

Imaginez un instant : vous postez un message annonçant votre licenciement (enfin, si vous avez envie d’annoncer ça sur internet évidemment…). Un message grave donc, même triste si ce n’est pas mérité (économique par exemple). Et là, l’un de vos amis commente votre statut d’un simple : t’as fait une faute là.

Sympa, n’est-ce pas ? Je vous laisse imaginer la chose en cas d’annonce de décès.

Cela pose un réel problème de société. Au final, on ne s’intéresse même plus au contenu, au fond, au sens et tout cela au profit de la forme. Cela rejoint nombre de sujets sociétaux (le culte de l’apparence, des personnalités politiques au détriment des programmes, etc.) mais je pars peut-être un peu loin ? Je ne saurais le dire.

Le Grammar Nazi : un Allié de la culture

Mais ne nous attardons pas davantage sur le côté négatif du Grammar Nazi. Comme partout, on peut penser qu’il y a des bons et des mauvais GN. La langue française existe depuis des siècles et a évolué en même temps qu’eux. Le brassage des cultures et l’avènement d’internet ont accéléré cette évolution, parfois en bien, parfois en mal. Les plus anciens d’entre nous (mais aussi les plus jeunes, pas de clichés!) sont parfois réfractaires à certaines évolutions de l’orthographe, tandis que d’autres saluent ces changements, au nom du progrès.

Et au milieu de tout cela, le GN est un gardien du temple, désireux d’empêcher les terroristes de l’orthographe de dicter leurs lois et de détruire à petit feu ce patrimoine national. L’évolution de la langue oui, la destruction et l’anarchie non.

On pourrait se demander pourquoi respecter ces règles a de l’importance. Mais on sait bien que sans règle, l’homme peut rapidement perdre ses repères. Bon, je caricature mais sans structure de la langue, l’intelligibilité en serait grandement altérée malgré ce qu’en disent certains. Imaginez que tout le monde sur la terre entière écrive comme bon lui semble. Se comprendre au sein d’un même pays deviendrait vite le bazar, alors imaginez entre plusieurs nations et je ne parle même pas des différents alphabets.

Le Grammar Nazi naît souvent d’une certaine amertume envers ses semblables. Désabusé par le manque de rigueur et le peu d’intérêt que portent ses contemporains à l’orthographe et à la grammaire. Qui n’a pas déjà entendu ou lu « c’est pour aller plus vite » ou encore « oui mais ça compte pas là, c’est pas important » ?

Certes, certains savent écrire correctement lorsque la situation l’impose (papiers administratifs, etc.) mais c’est loin d’être le cas pour tous. Le prétexte du langage SMS au nom de l’économie, de la rapidité est un prétexte aujourd’hui suranné. On peut très bien écrire vite et correctement, j’en suis persuadé (j’écris moi-même assez vite sur un clavier). Et se relire n’a jamais tué personne (un peu l’équivalent écrit de l’expression « tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler »). Mais dans notre société où tout doit aller vite, écrire correctement est devenu un luxe. Ne vous est-il jamais arrivé d’être catalogué comme intello (ou casse-c***** chez les plus poètes) lorsque vous étiez pris à écrire comme il faut ?

Écrire correctement ne devrait pas être aussi mal vu mais à qui la faute ? Le système éducatif ? Notre époque ? Moi-même j’ai de mauvais souvenirs de mes cours de français en primaire, ils étaient ennuyeux au possible.

Mais qui blâmer lorsque des personnalités publiques font des fautes grossières ? Lorsque des journaux affichent en Une des erreurs honteuses ? Lorsque des chaînes de télévision relayent les tweets de téléspectateurs bourrés de fautes ?

Si l’orthographe et la grammaire voyaient leur apprentissage repensé et leur approche revue avec plus de modernité, les Grammar Nazi existeraient-ils encore ?

Évidemment, certains sont plus des ‘trolls’ que des défenseurs de la langue. Il y aura toujours des empêcheurs de tourner en rond.

Pour conclure sur une note un peu plus légère et tout en voulant pousser un coup de gueule salvateur, voici quelques unes des perles qui feraient tourner de l’oeil tout Grammar Nazi qui se respecte :

  • malgrés que : pas de S à malgré et cette préposition n’est jamais suivi par QUE, il faut alors employer BIEN QUE
  • ils croivent : le mythique, l’illustre verbe CROIVRE, certains n’en croient pas leurs yeux 😉
  • au jour d’aujourd’hui : employé à toutes les sauces, notamment par les politiciens, les journalistes et compagnie, on a ici un bel exemple de triple répétition : aujourd’hui étant déjà par nature un pléonasme (hui signifie jour), le AU JOUR est totalement redondant donc INUTILE
  • comme même : abus de langage, c’est pourtant simple quand même
  • sa va ? : oui, oui, moi ça va très bien
  • je peut : lui ? Oui, il peut et moi aussi, je peux
  • si j’aurais : les SI n’aiment pas les RAIS
  • ses vrai : non, c’est faux

 

Je tiens à dire que je n’écris pas cet article pour étaler ma culture ni pour faire du sarcasme éducatif. Moi aussi il m’arrive de faire des fautes, personne n’est parfait et heureusement, sinon les relecteurs, correcteurs et autres bêta-lecteurs n’auraient pas de travail 😉

À bientôt et n’hésitez pas à faire vos Grammar Nazi si vous trouvez une perle plus haut.

 

PS : Ce billet est là pour exposer un point de vue sur un phénomène de société, pas pour encourager quiconque à aller harceler autrui. Aimez vous les uns les autres !

PS bis : je me suis aperçu récemment que je faisais la même faute dans tous mes articles, alors ? vous avez deviné ?

Denis Vergnaud

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7 Commentaires

  1. En lisant le titre, j’ai eu envie de répondre « oui ». Puis en lisant la première partie, je me suis dit que peut-être pas en fait.
    Je crois que si les fautes sautent aux yeux et que l’on se sent obligé d’en faire la remarque, c’est justement parce que cela rend le titre plus difficile à lire. Donc si la forme n’est pas respectée, le fond a tout de suite moins de force. D’ailleurs, c’est le cas pour les romans : un roman peut être bourré de fautes, mais raconter une bonne histoire. Dans ce cas, sa qualité sera ternie aux yeux du grammar nazi, qui aura eu du mal à lire le livre, même si l’histoire est bonne.

    • C’est vrai que la forme contribue à la compréhension du fond. Toutefois, je pense qu’il faut garder soin de toujours vouloir critiquer et corriger autrui. Bon dans les romans, c’est pas excusable mais pour de petits messages, il peut être utile de ne pas toujours relever.

  2. SI n’aime pas les RAÏS et JE n’aime pas le T.
    Bon, en vrai, j’adore le thé, mais cette astuce simple est plus facile, à mon sens, à se souvenir que ton exemple.
    En tout cas, merci pour ton article très instructif.

    • Le « Je n’aime pas le T » je ne le connaissais pas! Merci pour cet ajout Laurentine ! En espérant te revoir par ici 🙂

  3. Article très intéressant en effet, auquel je souscris dans ses grandes lignes, et particulièrement sur un point : les fautes d’orthographe me « piquent les yeux », y compris (et surtout !) lorsqu’en me relisant, je me rends compte que c’est moi seul qui ai instillé cet effet coruscant dans mes propres textes… Autrement dit, il m’arrive de faire des fautes « comme tout le monde » (bon, peut-être pas vraiment comme ceux dont c’est la « marque de fabrique »…), mais le problème n’est pas tant de faire des fautes que de considérer que ce n’est pas un problème de faire des fautes… Faire des fautes mais s’attacher à en faire moins, et idéalement, plus du tout, c’est la mentalité de tout Veilleur de la langue. Mais l’indifférence à l’idée même de la rigueur orthographique porte tout le ferment de décadence de notre chère langue française… Cela étant dit, je demeure assez sceptique sur cette appellation de « Grammar Nazi » dont le second degré (s’il existe) doit m’échapper. Je pense qu’il faut laisser les Nazis où ils sont, dans les poubelles de l’Histoire, et si l’on veut être un défenseur de la langue française, il vaut mieux se poser en Résistant à tout ce qui prétend vouloir en occuper le territoire esthétique et spirituel par le déferlement d’une médiocrité barbare…

    Merci en tout cas pour ce bel article… N’hésitez pas à visiter mes propres « bulles de résistance » dans mon Blog-Site, « Impromptus » : http://thierrybellaiche.com/

    • Le concept de Veilleur de la langue me plaît beaucoup. Moins abrupt que Grammar Nazi, hélas ce terme prédomine, à l’image d’un « troll » l’expression nous vient d’outre manche où ils s’embêtent moins avec les extrémismes verbaux. S’employer à faire le moins de fautes possibles et viser à s’améliorer constamment, voilà un projet qui me semble louable et largement réalisable.

      À bientôt Thierry !

      • Merci pour votre réponse Denis, continuons donc à veiller sur la langue, elle qui veille si bien (grâce aux « éveillés » qui savent lui donner cette flamme, les écrivains que nous aimons) sur notre vie spirituelle et sur nos penchants esthétiques…

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