Pourquoi je ne publierai pas mon roman

Oyez camarades,

Je réfléchis à cet article depuis une bonne dizaine de jours. Il aurait même dû être publié hier soir. C’était ce que j’avais prévu, ce que j’avais planifié.

Mais planifier une chose et le faire réellement sont deux choses bien différentes.

Je ne tombe pas des nues en vous avouant cela, au contraire. Pourtant, tout ne peut pas toujours se dérouler comme on le souhaiterait.

 


Depuis plusieurs mois, j’évoque ici et ailleurs l’avancée d’un nouveau roman, d’un tout autre genre que la Fantasy : Madboy. L’histoire de Hank, un pauvre type qui va faire la rencontre d’un justicier un peu spécial et complètement barré : le dénommé Madboy. Il faut savoir que si l’on remonte 6 mois seulement en arrière, cette histoire n’était pas du tout prévue au programme. C’est à partir de sa fin que le récit s’est construit petit à petit. Quelque chose de brut, de rapide, de violent, à contre-courant.

Pour vous replacer dans le contexte, j’étais en période de révisions. Il m’était très difficile de me plonger dans la suite de la Sève du Pouvoir à 100%. Ne voulant pas travailler « à moitié » sur le tome 2, je décidai de m’attaquer à Madboy, projet plus court, plus « facile » niveau scénario (naïf que j’étais).

Je m’y plongeai donc tête baissée. Les pages défilaient, les chapitres également et malgré la petite panne de début 2017 (voir l’article), Madboy prit fin en février. Suivirent les corrections et relectures puis les indispensables bêta-lectures.

Le stress était palpable. J’avais écrit Madboy à l’instinct, sans réel plan, sans réel projet derrière. J’avais peur des retours. Madboy était inclassable, déstabilisant, irritant, mystérieux. C’était un texte étrange, presque bâtard. Je trouve le terme assez approprié.

©DeviantArt

 

Puis ces fameux retours arrivèrent enfin. Un premier, puis un autre, encore un autre. Jusqu’au moment où je les ai eus tous les cinq. J’ai reçu une immense claque. Pour certains, il était incompréhensible, pour d’autres, bancal, bizarroïde. Les retours étaient pour beaucoup accompagnés de questions, d’interrogations. Il était évident que Madboy était imparfait et j’en étais conscient. Pourtant dans mon esprit, Madboy était globalement bon, quasiment fini, « publiable » pour bientôt. Or, les différents avis oscillaient entre les très bons points du récit et ses déséquilibres, ses pêchés, ses imperfections.

La bêta-lecture est un travail très difficile. Si vous êtes bêta-lecteur ou bêta-lectrice, vous ne me contredirez pas. C’est un savant mélange de pédagogie et de franchise. J’en reparlerai certainement dans un prochain article. Et même si je lis parfois qu’employer ses proches comme BL n’est pas idéal pour avoir des retours constructifs, je suis certain que ma fidèle patrouille n’a jamais omis de m’avouer telle ou telle faute, tel ou tel défaut. Aussi vais-je en profiter pour les remercier pour leur travail. Merci à vous !

Mais revenons-en à notre mouton.

Globalement, l’histoire de Madboy a été bien reçue. Parmi les bêta-lecteurs, il y en a même qui ont vraiment adoré l’histoire du début à la fin. Mais quelques problèmes scénaristiques et narratifs m’ont amené à réaliser qu’il restait encore beaucoup de travail à faire dessus.

C’est pourquoi je ne publierai pas encore mon roman Madboy.

 

Pourquoi pas encore ? Parce qu’il va devoir être modifié, corrigé, restructuré, réfléchi plus en profondeur. Et malgré mon projet initial, ce roman qui devait être court, va voir son nombre de pages s’accroître.

Mais certains me diront que le choix final m’appartient, que si Madboy me plaît ainsi alors je peux tout à fait le publier. Oui, c’est juste. Mais comme je l’ai dit plus haut, Madboy est une histoire brute, originale et difficile à ranger dans une catégorie (pour moi comme pour mes bêta-lecteurs), j’étais content de ce que j’avais écrit, mais je ne savais pas vraiment quoi en penser. C’est comme si je m’étais retrouvé devant un plan de travail avec beaucoup de produits différents (les idées), que j’en avais mélangé certains à l’instinct, avec un but précis (le dénouement). Mais quand arrivait le moment de goûter le mélange, j’étais satisfait et pourtant incapable de dire si le résultat était sucré, salé, amer ou poivré. Un sentiment plutôt étrange.

Après avoir lu les analyses des bêta-lecteurs, j’ai passé plusieurs jours à réfléchir, à prendre du recul sur le texte et sur les critiques positives comme négatives. J’avais du mal à accepter l’idée de devoir repousser la sortie de Madboy. J’étais comme un gamin, impatient d’être le 25 décembre au matin.

Impatient.

Peut-être l’ai-je été en pensant être capable de publier un roman (court) en 3 mois ? Certains auteurs autoédités parviennent à publier plusieurs romans par an, alors pourquoi pas moi ? C’est la question que je me suis déjà posée quelques fois. Mais aujourd’hui, j’en ai une autre : pourquoi devrais-je faire pareil ? Chacun a un rapport à l’écriture qui lui est propre. Une manière, un rythme, une motivation qui sont toujours différents. Aujourd’hui, je pense ne pas être capable d’écrire à un tel rythme. Je me suis bercé d’illusions en me cachant derrière le prétexte « C’est un roman court donc c’est normal que je le publie plus rapidement ! ».

Non. Non, non et non.

Comme dit le proverbe, c’est pas la taille qui compte.

Les premiers avis m’auront permis de prendre conscience de tout cela, notamment du fait que je n’étais peut-être pas fait pour écrire sans plan, sans filet comme on dit. En comparaison, le tome 1 de La Sève du Pouvoir avait demandé près de 3 mois de travail sur le plan avant d’attaquer l’écriture, soit le temps que j’ai mis pour boucler Madboy. Lorsque j’imagine des histoires, s’il n’y a pas de plan bien détaillé, j’ai souvent tendance à partir un peu dans du n’importe quoi, à mélanger plein d’idées que je trouve intéressantes ou cool mais qui, au final, ne fonctionnent pas toujours ensemble. C’est le constat auquel je suis parvenu ces derniers jours.

Madboy reste donc sur l’aire de repos. Je ne le mets pas au fond d’un placard, car il mérite de voir le jour. Peut-être plus long, peut-être sous forme d’épisodes en lecture libre, peut-être autrement, je ne sais pas encore. J’ai décidé de partager avec vous cette expérience et cette leçon, car je pense qu’il peut parfois être bénéfique de reculer pour mieux sauter. L’heure de Madboy n’a pas encore sonné, mais je suis certain qu’elle viendra et je vous en reparlerai en temps voulu.

À l’origine, ce devait être un petit passe-temps avant de reprendre La Sève du Pouvoir. Je peux donc vous informer que j’ai d’ores et déjà repris le chemin de l’écriture, à savoir le plan du tome 2 😉 Aucune date, aucune prévision, du moins officielle. Les articles de blog vont continuer, je parviens à tenir un bon rythme depuis 2017, espérons que cela dure (plus de 1500 visites en à peine 3 mois ! Merci !). À côté, j’ai retrouvé les personnages de La Sève du Pouvoir avec un plaisir non dissimulé. Cette suite promet de belles choses…

En attendant, je vous souhaite une bonne journée et à bientôt pour un nouveau billet !

 

7 réflexions sur “Pourquoi je ne publierai pas mon roman

  1. L’écriture, c’est une véritable aventure avec tout ce que cela comporte. On commence un livre avec des apprioris, on le termine (parfois on ne réussit pas) ou bien le résultat n’est pas celui qu’on attendait. Mais oui, à côté de ça on se demande toujours pourquoi les auteurs publiés sortent un livre par an voir plus. J’ai fini par comprendre aussi que j’étais peut-être plus longue à travailler que d’autres et finalement, ce n’est pas très grave. On n’est pas tout fait du même bois !

    Pour ce qui est des retours des Bêta-lecteurs, j’ai moi aussi eu quelques surprises. Je pensais que mon roman était globalement fini, mais je me retrouve à planifier à nouveau mon histoire et à vraiment réécrire mon roman, au lieu de simplement corriger au cas par cas ! C’est étrange ce retour en arrière et si au début ça m’a fait l’effet d’une petite claque, aujourd’hui je vois à quel point c’était bénéfique. À l’image de la flèche qui recule avant d’être lancée !

    Bonne écriture pour le tome 2 et bon courage, on en a toujours besoin d’un peu ! ^^

    1. Merci Caroline. Comme quoi, la diversité c’est bien. Chaque auteur a une manière d’écrire différente et si on ne peut pas publier cette année et bien ce sera la suivante 😉

  2. J’ai vécu la même chose que toi, une très bonne bêta-lecture qui remet (presque) tout en cause (mais à raison). Comme j’avais d’autres projets et que le roman était quand même « lisible » je ne me sentais pas le courage de recommencer à travailler dessus… Donc je l’ai publié quand même. Disons qu’il n’est pas mauvais en l’état mais il pourrait être meilleur. Alors je ne m’interdis pas d’en refaire une réédition, plus tard, retravaillée.
    Avec le recul je me dis qu’en fait je n’aurais pas du le publier et attendre de l’avoir retravaillé, mais bon… rien n’est perdu ! Tu as fait le bon choix en prenant ton temps, surtout si ton roman est atypique. Plein de courage ! 🙂

    1. Effectivement nos expériences sont assez proches. Et les retours des lecteurs une fois ton livre publié ont été bons ? Je serai curieux de savoir ! 🙂

      1. Oui, ils ont été bons, pour la majorité. Quelques-uns ont souligné les mêmes défauts que mon bêta-lecteur mais c’est marginal… En fait ça passe, pour un lecteur lambda, mais moi je sais que ça pourrait être meilleur ! 😉

  3. Après avoir mis la dernière touche à mon premier roman, je me suis mis en tête de le relire. C’était normalement le préalable avant une bêta lecture… Néanmoins, je me suis rendu compte au terme de ma lecture que l’ensemble ne me plaisait pas. L’histoire en elle même me plaisait et j’appréciais même la plupart de mes personnages. Mais globalement j’estimais avoir été parfois trop lent, parfois trop rapide.. J’avais ouvert trop de portes et pas été au bout de la plupart des idées… La base est bonne mais globalement l’ensemble nécessite une refonte très conséquente. Je n’ai pas l’esprit à ça et pas envie de reprendre encore une fois ce récit qui me trotte en tête depuis des années.
    Du coup mon bouquin est dans le placard et je le vis bien.
    Tolkien n’a jamais publié le Silmarillion parce qu’il n’en était pas encore satisfait.
    Le grand danger de l’auto-edition vient du fait que les seuls freins qui existent sont ceux que l’on se fixe. Trouver le juste milieu entre peaufiner jusqu’à l’écœurement et publier un roman mal fini est parfois difficile.

  4. Décision courageuse, Denis, et très bonne analyse de ta part : mieux vaut offrir un texte corrigé des défauts soulevés par les bêta-lecteurs afin de le voir prospérer dans la durée. ♥
    Et effectivement, nos expériences (enthousiasme, retours, délais) sont très similaires en ce moment ! 😀

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