L’exigence de mise chez les autoédités

Oyez camarades,

Cette semaine, j’ai le plaisir de céder ma plume et ma place sur le blog au confrère Luca Tahtieazym, auteur autoédité de plusieurs thrillers. Son dernier roman intitulé « Le roman inachevé » est sorti il y a quelques semaines et connaît un beau succès. Luca a décidé d’aborder un sujet qui concerne tous les auteurs dits indépendants et la qualité relative à leurs ouvrages. Bonne lecture !

 

Compliqué de parler de l’exigence que devraient avoir les autoédités quand on est… autoédité. Le souci du problème du binz de la difficulté, c’est que traiter de ce problème sans être objectif rend son auteur pédant – à tort ou à raison. Et puis forcément, je vais avoir l’air de cracher dans la soupe.

 

Depuis l’essor de l’autoédition, beaucoup d’auteurs frustrés de ne pas ou plus être édités s’y sont réfugiés. Et c’est plutôt normal. Puisqu’il y a cette opportunité de faire le boulot soi-même et de mettre son roman à la disposition du public, donc de lui donner vie, pourquoi s’en priver ?

 

Plusieurs auteurs dits indépendants ont le talent pour figurer au catalogue de grandes maisons d’édition. Quand on sait que Gallimard, pour citer l’une des plus illustres, reçoit chaque année environ 6 000 manuscrits, vous n’allez pas me dire qu’il n’y a pas une ou deux perles qui passent à la trappe. Et même si la perle est repérée, elle peut être refusée à cause du planning des parutions ou de la mauvaise disposition du râleur de service du comité de lecture qui a rayé sa Mégane ce matin. Ah oui ! Il y a aussi cette bagarre de l’ombre dans laquelle les éditeurs font tout leur possible pour limiter l’avènement de la lecture en numérique. Franchement, proposer une version électronique seulement 10 à 20 % moins chère que le format papier, alors que les coûts de production n’ont rien à voir…

 

Personnellement, pour avoir traîné mes guêtres dans le milieu de l’édition, je n’ai jamais considéré que les auteurs autoédités étaient indépendants et les classiques dépendants. Certes, il y a un calendrier à respecter, voire même des directives à suivre (thème, personnages, histoire…), mais au final, dans le circuit traditionnel, ce sont les auteurs qui écrivent et les éditeurs qui éditent, non ?

 

L’autoédition reste marginale. Quand on baigne dedans, on a tendance à se dire que tout roule, à remercier Amazon tout en spécifiant que ouais, tout de même, Amazon, c’est vrai que c’est pas terrible mais ils nous permettent d’exister, etc. Les faits : l’autoédition, c’est avant tout du numérique ; et le taux d’équipement en liseuses de la population française était de 4% en janvier 2015. Et après ça, vous voudriez me faire croire qu’un auteur autoédité bouderait une belle maison d’édition qui voudrait l’accueillir ?

 

Moi, ce qui me gêne, c’est que pour un auteur qui se secoue le derche pour proposer un roman correct, il va y avoir dix bouses ignobles qui ne devraient jamais sortir de l’ordinateur de celui qui ose étaler sa prose sur les réseaux et s’essuyer les fesses sur le respect des lecteurs qui vont acheter le roman – et ce quel que soit le prix. Gardons ça en tête : même s’il ne paye que 0,99 € le roman que vous avez mis cinq ans à écrire, un lecteur a le droit d’exiger un minimum de qualité.

 

Je ne parle pas de genre ou de goût mais plutôt de la forme. Sur les réseaux sociaux ou par l’intermédiaire d’Amazon, nous communiquons principalement avec des lecteurs conquis. Ce n’est pas toujours le cas mais naturellement, les personnes équipées de Kindle ou de Kobo vont forcément avoir tendance à s’intéresser à l’autoédition, un peu parce qu’ils ont fait l’effort de découvrir le produit sans a priori, beaucoup parce que les prix couramment pratiqués sont attractifs (2,99€ pour un ebook la plupart du temps).

 

Mais sortons de notre cadre. Après tout, ce que nous souhaitons, nous, les autoédités, c’est que de plus en plus de lectrices et de lecteurs se tournent vers nous. Alors nous devons fidéliser ceux et celles qui nous suivent déjà mais également faire en sorte de recruter – je sais, ce sont des termes très orientés marketing et on dirait que je cherche à vendre ma soupe ; tant mieux, c’est le cas…

 

Quand on prend un peu le temps de lire des commentaires objectifs laissés sur Amazon en dehors des œuvres du Top 100 et des meilleures ventes, on s’aperçoit de plusieurs choses.

 

Déjà, il y a de pures arnaques. Je ne comprends toujours pas qu’Amazon ne mette pas en place une sorte de filtre pour bloquer certaines merdes – c’est grossier mais je n’ai pas trouvé d’autres mots – qui sont en vente. Des fichiers traduits avec Google et balancés tels quels. Et je me moque pas mal que chaque lecteur puisse consulter un extrait gratuit ou recevoir des indications par le biais des commentaires, ces trucs devraient rester dans la cuvette. On pourrait rajouter les guides de 30 pages par des experts en carton. Les maisons d’édition font cette sélection, elles.

 

OK, OK, un exemple ? Petit tour sur Amazon. Je vais dans la catégorie Romance – je n’ai rien contre la romance mais tout le monde sait que c’est dans les affaires de cœur qu’on trouve les meilleurs charlatans. Voilà quelques lignes de l’extrait gratuit de la troisième crotte que je consulte :

 

« Tony s’est arrêté dans ses morceaux. Il regardait Barker qui a rayé le dégingandé d’cheveux blancs sur sa poitrine et gardé l’eau en jouant sur la base de sa haie de cèdres nouvellement plantés, celui qui appelait une haie de boîte. La première fois que Tony jamais attrapé un aperçu de Barker, il pensait que la barbe de l’homme a commencé un terrible long chemin dans son cou. Mais c’était les poils poitrine de trois pouces, blancs, bouclés et hors de contrôle, à venir de la partie supérieure de son tee-shirt. »

 

C’est du Verlaine. Et c’est véridique. Passez ça à la traduction dans l’autre sens et vous aurez peut-être une version acceptable en anglais.

 

Et puis, il y a les fameuses fautes d’orthographe… Là, c’est compliqué car de bons auteurs font des fautes. Ouais, ben ils ne devraient pas.

 

Alors des fautes et des coquilles, il y en a partout, même chez les riches de chez Gallimard qui peuvent se payer plusieurs correcteurs professionnels. Nous sommes des artisans et par conséquent, le revers de la médaille, c’est que de petits désagréments de ce genre peuvent arriver. Et je ne parle même pas d’une saleté de subjonctif à la suite de la formule « après que » mais de fautes stupides qu’on aura pas vues même après vingt relectures.

 

Mais j’ai dit « petits désagréments ». Quand un bouquin présente une faute par page, franchement, c’est selon moi que le travail de correction n’a pas été fait. Le respect du lecteur qui achète votre bouquin et prend la décision de vous lire, c’est de soigner ce qu’on va lui mettre sous les yeux.

 

Je lis souvent, dans ces fameux commentaires d’Amazon, des lecteurs qui vont se plaindre du niveau en français du dernier ebook qu’ils ont lu. Plusieurs personnes se permettent de leur faire remarquer qu’il y a également des fautes dans le commentaire en question. Mais vous avez les neurones cramés ou quoi ? Ces lecteurs n’ont pas notre prétention de diffuser leurs mots, eux. Ils payent et ils attendent quelque chose de potable en retour. Je me fous pas mal qu’il y ait dix fautes dans le commentaire mais je ne supporte pas qu’il y ait dix fautes par chapitre dans le roman concerné. N’inversons pas les rôles, nous sommes les écrivains et c’est nous qui devons soigner le bidule, pas ceux qui nous lisent. Donc les excuses « tout le monde fait des fautes » ou « vous devriez déjà corriger votre commentaire avant de donner des leçons aux autres » ne sont pas valables.

 

Un jour viendra où l’autoédition sera tellement banale qu’on ne le spécifiera plus en premier lieu. Les choses se seront tellement démocratisées que ce ne sera plus qu’un détail et qu’il n’y aura plus de méfiance vis-à-vis de notre petit club qui sera devenu grand. Houellebecq fera paraître sa dernière vision tout seul, comme un grand, et Jacques Vandroux sera l’équivalent de Jean-Christophe Grangé dans les classements.

 

Mais soyons exigeants ! Gardons ce qui fait notre particularité, notre originalité dans le ton, les personnages et les histoires que nous couchons sur le papier et qui effraieraient peut-être un éditeur mais tâchons de nous rapprocher d’un résultat professionnel.

 

Le train est déjà en marche. Regardez les couvertures des autoédités il y a quatre ou cinq ans, quand le phénomène a pris de l’ampleur, et ce qu’elles sont aujourd’hui. Même chose pour l’orthographe, d’ailleurs. Les premiers romans de plusieurs cadors de l’autoédition étaient loin d’être parfaits sur ce plan-là mais sans citer qui que ce soit, le fait de faire appel à des correcteurs ou de prendre conscience de l’importance de livrer un texte exempt de fautes grossières va dans le bon sens. Suivons ces auteurs, ils ont pris la bonne direction. Et soyons exigeants envers nous-mêmes.

 

Luca Tahtieazym.

 

Merci encore à Luca pour avoir joué le jeu. Après Jerôme Verne, c’est le second auteur que j’invite sur le blog, j’espère qu’il y en aura d’autres dans l’avenir. Il faut s’entraider et se soutenir, voilà encore un bel atout de l’autoédition !

 

On se retrouve bientôt pour un nouvel article !

 

Denis Vergnaud

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Un commentaire

  1. Bonjour et merci pour cet article. Travail, exigence, recherche de la qualité, positionnement de type professionnel. Je pense que tout auteur auto-édité ou hybride (et d’ailleurs tout auteur tout court) qui se respecte (et qui respecte ses lecteurs) devrait garder tout cela en tête et prendre le temps et le soin nécessaires à proposer un produit de la meilleure qualité possible. Bien sûr, chacun devrait « se former » tout au long de sa vie pour continuer à s’améliorer ou au moins proposer une qualité digne de ce nom pour chaque ouvrage mis sur le marché, même en lecture gratuite d’ailleurs. Bon, vous prêchez un convaincu, mais ça fait du bien de lire que d’autres auteurs ont à coeur de défendre ces valeurs et s’emploient à suivre ces exigences. Bonne écriture aux auteurs et bonne lecture aux lecteurs 🙂

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